vendredi 21 octobre 2011

Les limites du Paradis


Depuis que Twitter a décidé de s’installer au paradis, je me pose un certain nombre de questions métaphysiques.
Oui vous avez bien lu, le petit oiseau a décidé de migrer vers des cieux plus cléments financièrement parlant. Le paradis fiscal en question c’est l’Irlande où l’impôt sur les sociétés est limité à 12,5% contre 34% en France. C’est ainsi que Dublin est devenu le siège des activités internationales de l’entreprise, comme pour Google, Facebook, Microsoft et Intel...
L’Irlande, le paradis du digital ?  À moins que ce ne soit la Suisse, qui est l’un des états les plus libéraux vis à vis d’internet, l’adresse IP y étant considérée comme une donnée personnelle à protéger coûte que coûte. Pas étonnant du coup que les internautes suisses se multiplient comme des petits-pains dans les mains de Jésus.

Mais qu’est-ce que le Paradis exactement ? 
On me souffle à l’oreille qu’il s’agit d’un lieu où les hommes, après leur mort, pourront être récompensés de leurs bonnes actions — une promesse bien pratique pour maintenir bon an mal an la paix sociale...
Comme l'écrit Woody Allen, il faut néanmoins garder à l’esprit que «Quand vous êtes mort et que quelqu’un crie “Debout là-dedans, c’est l’heure de se lever”,  c’est difficile d’enfiler ses pantoufles.». Et puis personne ne sait de quoi est faite la récompense — les «réclames» pour le Paradis ressemblent un peu trop à des pubs pour le Club Med, ce qui devrait inspirer de la méfiance à tout individu normalement constitué. 

D’ailleurs, si on prend le temps de se pencher sur l’étymologie du mot, on découvre avec effroi que la racine latine du mot, paradisus signifie «parc clos où se trouvent des animaux sauvages». Le Jardin d'Eden dont on nous rebat les oreilles serait donc avant tout un lieu d’enfermement, une réserve façon zoo de Thoiry.
Quel rapport avec le ciel, me direz-vous ; et bien ce paradis terrestre originel, ce «jardin clos», les «âmes bonnes» le retrouveront après leur mort — et accessoirement après le Jugement dernier — dans les cieux. 
Quant à ceux qui pensent être refusés pour mauvaise conduite, il peuvent toujours se rendre à Paradis, en Louisiane, une petite ville de 1252 habitants.

Pour résumer, le Paradis (le vrai) serait en fait une sorte de grande île flottant dans le ciel et abritant — parce que l’éternité c’est long, surtout vers la fin — toute sortes de trucs chouettes pour tuer le temps, les SMS notamment...
Si je parle de ça c'est parce que dans la série "preuve de l'existence du divin",  le 9 octobre dernier,  les new-yorkais ont pu voir apparaître dans le ciel des messages nuageux et sibyllins tels que «All Sales Final», «Now Open» «Last Chance», bref, autant de textos célestes délicieusement commerciaux. 

Source : idealcities.com


Source : Twitter 

Dieu répondait-t-il à sa façon aux tweets de Benoît XVI ? 

Le Pape twitte
Source : Digital Trends

Grosse déception pour les croyants, il s’agissait en fait une œuvre de l’artiste Kim Beck

Source : idealcities.com

"Now Open", le Paradis apparaîtrait-il enfin sous son vrai visage : une simple promesse de marketeur ? 
D’ailleurs comme l’écrit un de mes amis sur Facebook :

Source : Your religion might be bullshit


C’est vrai que ça fait réfléchir... du coup ça ne m’étonne pas tellement qu’un homme ait décidé de porter plainte contre Dieu


Bien sûr c'est drôle, mais la vraie question sous-tendue par ce dépôt de plainte est la suivante : Dieu existe-t-il ?

Je n'ai pas de réponse définitive à cette question, mais je me souviens que sur le blog de Nicolas Bordas fut publié un long article de François Roque, assez savoureux, postulant que Dieu était Internet tout en s’appuyant sur les principes de la physique quantique. 

Si Dieu est Internet, le Paradis est-il en Irlande, où pire, en Suisse ?

Ça me fait penser à une vieille blague : 

"Au Paradis, les policiers sont anglais, les garagistes sont allemands, les cuisiniers sont français, les amants sont italiens et tout est organisé par les suisses. 
Alors qu’en Enfer, les policiers sont allemands, les garagistes sont français, les cuisiniers sont anglais, les amants sont suisses et tout est organisé par les italiens."

Je vous laisse méditer là-dessus.

mardi 4 octobre 2011

Toi mème tu sais


Après avoir entendu pour la vingtième fois mon voisin de bureau expliquer ce qu’est un mème, je me suis dit : pourquoi ne pas faire un peu de pédagogie...
Le mème, pour peu que vous travailliez dans une agence de communication ou que vous soyez familier du bored out au bureau, vous en avez bouffé des wagons entiers.

Les chatons qui se cassent la gueule, les epics fails, le planking. 
Ce sont des mèmes.

Ce mot un peu bizarre, qui fait souvent tiquer les interlocuteurs de mon voisin de bureau, est en fait formé de la contraction des mots gène et mimesis et désigne selon Wikipédia un élément culturel reconnaissable répliqué et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus. 
Autrement dit, le mème c’est un truc qui paraît tellement cool qu’on a envie de le partager et de faire pareil. 
Comme ici :




Ou là :


D’ailleurs les artistes commencent à s’y intéresser (si c’est pas une preuve ça).
Notamment David Horvitz, un jeune artiste américain qui s’amuse régulièrement à donner des instructions aux lecteurs de son blog dans le but de créer des mèmes.


Ici il enjoint aux internautes de se prendre en photo la tête dans leur frigo.
Et ça donne ça :



Quand au chiffre 241543903, il perd un peu de son aura mystérieuse lorsqu’on apprend qu’il s’agit au départ de la combinaison du numéro de série du réfrigérateur de David Horwitz et de chiffres se trouvant sur les codes barres de certaines de ses denrées alimentaires.

Le nombre de personnes ayant joué le jeu est estimé à plusieurs milliers, pas de doute cette «opération mème» a rencontré le succès, assez pour engendrer un véritable mème.
Car tout l’intérêt du mème réside dans sa capacité à s’auto-diffuser une fois franchie une certaine masse d’utilisateurs. Le mème est donc viral par essence.
Et sur Internet, le mème, par sa répétition absurde ad nauseam devient comique.
Comme ici :



Source : http://antiduckface.com/

La foule des internautes qui alimentent le mème se fait créatrice du rire de ses contemporains. Et ce rire s’enrichit sans cesse du rire des autres.
C’est bien connu, le rire est souvent contagieux et il peut même parfois créer de véritables épidémies comme en Tanzanie en 1962.

Pour autant, le mème n’est pas toujours drôle. Il est même parfois assez ennuyeux, comme en témoignent les sempiternelles photos touristiques de nos parents et amis : ma femme devant la Tour Eiffel, Papi devant la Fontaine de Trevi, ma petite nièce devant Big Ben, mon petit copain devant les Pyramides, etc, etc, etc...
Tous ces appareils-photo fièrement brandis par des hordes de touristes assoiffés de souvenirs sont de véritables machines à fabriquer des mèmes.




Heureusement ces mèmes particulièrement ennuyeux peuvent eux aussi servir de support à des trucs beaucoup plus funs comme de l’art :






Corinne Vionnet, Photo Opportunities.
Source :http://www.corinnevionnet.com/site/entry.php?o=1

Dans sa série Photo Opportunities, cette artiste suisse a voulu rendre tangible le mème de la photo touristique en superposant des centaines de photos d’un même monument prises par des centaines de touristes différents.  Étrangement ça donne des images aussi belles que fantomatiques. Et particulièrement mélancoliques.
Enfin, si vous voulez continuer à vous délecter de mèmes, vous trouverez ici une véritable encyclopédie visuelle du mème sur Internet.